17 avril 2007
Un ordre, désordre?
L'ordre des infirmières vient juste d'être créer. L'ordre des kinésithérapeutes devrait suivre. Mais est-ce vraiment une avancée? Le but de cette création est de permettre la reconnaissance des professions concernés en améliorant leur visibilité et en unifiant les différents interlocuteurs. Mais l'histoire nous enseigne que les ordres sont une inventions relativement récente et toujours critiquée. Alors quelle avancée pour les ergothérapeutes?
L'ordre des médecins n'a pas toujours exister. C'est même une invention plutôt récente par rapport à la profession. L'histoire commence par une idée sous la Révolution Française. Celle-ci a supprimée les corporations professionnelles parce qu'elles étaient tenus par les nobles pour asservir la bourgeoisie et le tiers état. Pour le replacer et pour faire le tri entre les charlatans et les véritables médecins, l'idée est venu de créer un ordre des médecins. Mais celui-ci n'a jamais vraiment exister, sans structuration national et sans règle clairement établis. Et puis est venu l'occupation sous la seconde guerre mondiale. L'occupant allemand avait besoin d'un relais pour appliquer les lois anti-juive. La France de Pétain a donc créé un ordre des médecins qui servaient principalement à repérer, dénoncer et exclure les médecins juifs. Cependant, un acte de résistance timoré a eu lieu quelques jours après le débarquement en refusant la levée du secret médical exigée par les allemands. Ce premier ordre sera dissous par De Gaulle après la libération. Un second ordre des médecins fut créé en 1945 par le gouvernement de la République, de manière à veiller "au maintien des principes de moralité, de probité et de dévouement indispensables à l'exercice de la médecine". Bref, une sorte de purge à la suite de la libération et de la coopération quelque peu active de certain médecins. Il est structuré à la fois au niveau fédéral et au niveau national. Il a à la fois un rôle de conseil aux pouvoirs publiques pour tous ce qui est des questions de santé et d'organisation des servies de santé, ainsi qu'un rôle de régulation de ses propres ouailles. L'adhésion à l'ordre des médecins est obligatoire pour tous ceux au contact des malades sauf pour les médecins des armées. Il est souvent critiqué en interne comme en externe. En interne, d'abord, pour son manque de transparence dans son exercice de la démocratie notamment sur le fait qu'il n'y a pas de programme mais également parce qu'elle fixe elle-même les règles qu'elle est censé faire respecter. Habituellement, en droit français, l'autorité législative est distincte de l'autorité judiciaire. C'est relativement logique pour une question d'indépendance. Les règles ne peuvent pas être interprété par ceux qui les écrivent puisque dans ce cas, il ne sert à rien de les écrire. Il suffit de les faire suffisamment vague pour pouvoir les interprété en fonction des besoins et le tour et joué. En externe, l'ordre des médecins est souvent taxés de corporatisme, préférant sanctionné des affaires médiatiques sur des questions de société plutôt que des erreurs médicales manifestes.
Cet ordre des médecins
a également sous son autorité toutes les professions
paramédicales réglementées. La création
d'ordre indépendant pour chaque profession répond donc
à une nécessaire prise d'indépendance. Parce que
les pratiques ont évolués et que contrairement au
siècle précédent, une infirmière ne
travaille pas forcément sous les ordres directs d'un médecin
mais parfois simplement à travers une ordonnance. Il en va de
même pour toutes les professions où se développe
le libéral. Puisqu'il n'y a plus de médecins
directement sur les lieux, certains pensent que la tentation de « mal
faire » serait plus grande. Puisque les paramédicaux
ne sont plus surveiller par les médecins, il faut qu'ils
« grandissent » et prennent en charge eux même
la discipline dans leur rang. C'est donc une autonomisation de
l'ordre de l'émancipation et de la maturité de la
profession. Mais comme en terme éducationnelle, il faut que
les parents apprennent de leurs erreurs et qu'ils évitent de
pousser leur progéniture à faire les mêmes. La
mise en place des ordres paramédicaux auraient pu être
le moment privilégié pour « refonder »
l'ordre des médecins et tiré les leçons du
passé. Mais il ne semble pas que de soit ce qui se passe.
J'ai eu quelques échos
des kinésithérapeutes. La cotisation raisonnable dans
les premiers moment serait devenu exorbitante, de l'ordre de
plusieurs centaines d'euros. Il semble que quelques-uns aient eu
l'idée que puisque la cotisation était obligatoire, il
n'était pas forcément nécessaire de s'embêter
sur le prix et que le budget pouvait être largement supérieur
pour une meilleure promotion de la profession. Ce raisonnement n'est
semble-t-il pas du goût de tous le monde puisqu'il semblerait
bien qu'une rébellion se prépare à coup de refus
massif d'affiliation. Et je les comprend. Vu de cet angle, ça
ressemble furieusement à du racket.
Certains arguments
avancés par les infirmières sont aussi très
particuliers. Le premier d'entre eux et que l'on va enfin savoir
exactement combien il y a d'infirmière libérale en
France et où elle exerce. Sur ce point, je me souvient d'une
loi qui dit que tous professionnel paramédical travaillant
dans un établissement ou non doit se déclarer auprès
de la préfecture. C'est obligatoire pour ne pas faire de
l'exercice illégale de profession paramédicale. Alors
je sais que chez les ergothérapeutes, cette déclaration
n'est pas toujours faite et il est probable que ce soit pareil chez
les autres paramédicaux. Mais faut-il faire une deuxième
loi parce qu'une première n'est pas appliquer? Ou faut-il au
contraire d'abord réfléchir au pourquoi du comment?
Pourquoi les paramédicaux ne vont-ils pas s'inscrire? C'est la
vraie question complètement éluder par la mise en place
de ces ordres. Est-ce parce que les sanctions ne sont pas à la
hauteur. Je ne croit pas. Parce que nous sommes tous des adultes.
Parce que nous nous sommes tous impliqués dans notre métier
et que la politique du bâton n'est pas toujours la solution.
Alors pourquoi rendre cette inscription payante en plus
d'obligatoire. N'aura-t-il pas été plus simple de
mettre en place une procédure qui ne nécessite pas de
se déplacer physiquement jusqu'à la préfecture?
Le deuxième
argument avancée par les infirmières est que certaine
branche ne sont pas représentée dans les institutions
et qu'il y a beaucoup trop d'interlocuteur avec une voix différentes
voire carrément brouillés car non spécifique. Je
n'aborderait pas le dernier argument, celui qui dit que les grandes
centrales sont trop éloignés du monde pour être
efficace parce que je n'y croit pas mais ce sera l'occasion d'un
autre billet. L'unification est une bonne chose mais si elle est
conduite de façon démocratique. Il est nécessaire
que les pratiques émergentes puissent s'exprimer aussi pour
continuer sur leur lancée de développement. Et il est
également nécessaire que les pratiques marginales
soient respectées même si visiblement elles vont le
rester. Un organisme unitaire n'est pas là pour étouffer
les plus petits et négocier au nom du plus grand nombre mais
pour respecter les spécificités de chacun et ne pas
sacrifier certains sous prétextes qu'ils sont peu nombreux.
C'est pour cela que la démocratie doit être rendu
beaucoup plus transparente que dans l'ordre des médecins. A la
fois pour que le public puisse s'y retrouver mais aussi pour garantir
à chacun d'avoir un interlocuteur vers qui se tourner et qui
puisse faire remonter efficacement les problèmes au plus haut
niveau.
Le dernier point que je
souhaiterais aborder est la notion de reconnaissance par le grand
public. Il ne me semble pas qu'il soit mauvais quelque soit la
profession. Certes ces métiers sont souvent jugés
difficile, fatigant, sous rémunéré mais jamais
je n'ai entendu qu'elles étaient un repaire d'incompétent,
fainéants, seulement attirés par le profit. Certes pour
un certain nombre de profession dont les ergothérapeutes, le
nom même est inconnu mais la solution passe-t-elle par une
institution qu'il ne connaîtront pas plus? Je ne croit pas non
plus qu'elle passera par des affiche quatre par trois en pleine rue
mais il y a une marge entre les deux.
Alors pour ou contre les ordres? Cette question est beaucoup trop complexe pour être répondu par oui ou non. Je suis contre un ordre des ergothérapeutes sur le modèle des médecins. Ce n'est pas une émancipation de la tutelle médicale, c'est au contraire une extension en imposant une organisation unique sur le modèle du plus fort. Mais qu'il soit nécessaire d'offrir un interlocuteur unique et démocratiquement gérée par l'ensemble des professionnels me semble être une nécessité. Parce que tous simplement, les intéressés sont souvent les plus aptes à savoir ce qui pourrait être bon pour eux.